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20.03.2008
Armand 1/2
Quand je pense à Armand, je pense à Giton et Phaedon, de La Bruyère, sans me rappeler lequel avait le teint "fleuri". Je pense aussi à Groucho Marx, parce qu'Armand est drôle. Armand est toujours très drôle; il ne peut pas se permettre de ne pas faire rire. Il fait rire comme le ferait Woody Allen et raconte à qui veut, ou ne peut faire autrement que l'entendre, qu'il conquiert à tout va. Il ment sans doute peu. S'il est vrai du moins que les femmes sont sexuellemnt séduites par les hommes qui les font rire, maxime dont pour ma part, j'ai toujours douté. Mais enfin il narre à son auditoire voyeuriste, dont je fais, par force, parfois partie, une fois par semaine, ses conquêtes avec tant de détails que l'on a peine à croire qu'il ait pu tout inventer. Je le rencontre au travail, il me livre, semaine après semaine le feuilleton de ses essais, de quelques échecs, des humiliations fines qu'il inflige, le détail des traits des demoiselles, les artifices qu'elles emploient, ses excuses, ses sorties. Il ressort toujours vainqueur de ces hauts faits, sauf quand la femme de l'aventure de la semaine a su "être à la hauteur" c'est à dire ne pas lui demander des trésors d'inventivité du genre "je me lève tôt demain" et a eu la courtoisie de comprendre qu'elle était là pour la soirée, pas pour des croissants, des bisous, un café. Il ponctue son discours d'oeillades envers toute femme de moins de 35 ans, ne jamais cesser de chercher, ratisser large, faire l'histrion, raconter ses faits d'armes et de queue pour engager la bataille et ouvrir les sollicitations. Un triumvir qui veut se faire Kaiser.
L'acte offensif prend aussi chez lui le chemin du toucher: il effleure un genou, une épaule, tentant sa chance à mots que veux-tu, négligeant la politesse et le contexte qui empechent ses futures non-conquètes de le remettre à sa place, sur une petite chaise, à l'écart, consigné. Il se branle sur nous toutes avec ses allusions. Il entretient sa frustration, la porte à fleur de peau. Il se contracte, prêt à l'attaque.
Le problème, avec Armand, c'est qu'il aimerait bien intégrer dans son roman personnel, ou plutôt dans son spectacle vivant, toutes les personnes qui virevoltent autour de lui. On dit parfois qu'il faut choisir d'écrire ou de vivre, je crois qu'hélas, il n'est doué ni pour l'une ni pour l'autre de ces passions et mélange un peu les deux. Et puis il est si seul, voyez vous, si bléssé! Aux âmes qu'il classe dans la catégories "sentimentales" et dont je fais sans doute partie, il narre , pour forme de préambule, quand il vous voit un brin amusée mais aussi un peu attristée par ses quêtes, l'horreur que lui a fait endurer son ex, la vraie, celle qu'il aimait et qui l'a laissé pour mort sans aucune explication le jour de ses trente ans. Depuis bien sûr, et on le comprend, il ne peut s'attacher. il raconte cela avant de conter ses exploits, puis il conte à d'autres, vos exploits à vous, ceux qu'il a imaginés.





Trackbacks
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Commentaires
tiens, y a des années j'ai connu un Armand ostéopathe kiné à la base qui trentenaire vivait toujours chez sa mère. le bougre y pratiquait en charentaises... plus tard j'ai été presque fort surpris d'apprendre ses gros ennuis avec la justice des hommes, lui qui semble-t-il aurait comme touché l'argent de leurs femmes en toute petite tenue et en dehors du cadre strict de l'exercice de la médecine parallèle pantouflarde
crac boum hue
à part lui y a aussi feu le pauvre armand de monsieur claude, tu vois de qui de quoi ?
Fait d'hiver en plein été
De galère en galère Armand c'est retrouvé clochard
Pourtant depuis tant d'années
Son job perdu, il avait recherché
Abandonné de sa femme et son chien Albert
Mort, lors d'une dispute d'un coup de revolver
Et dans le quartier, révolté, rebelle de dernière heure
La quarantaine dépassée, il est seul et il pleure
Il est trop tard pour s'intéresser à son triste sort
Armand est mort {x2}
Pourtant dix ans auparavant devant ses enfants
Leur enseignant l'amour et le respect des parents
La haine de l'avarice dans ce monde dément
Armant passait du bon temps
Accident du travail, quelques indemnités
Il retrouve un emploi puis il est licencié
Invité au mariage de sa femme, Armand
Perd au tribunal la garde des enfants
Il est trop tard pour s'intéresser à son triste sort
Armand est mort {x2}
Avant sa fin, il habitait une belle propriété
Avec vue sur la mort, un asile de paumés
Avant sa fin, avant sa mort, il en fut délivré
Laminé, décervelé, lobotomisé
Il est trop tard pour s'intéresser à son triste sort
Le pauvre Armand est mort
T'as déjà pensé à écrire un livre ? je sais pas, moi, par exemple un guide spirituel des bains turcs en Europe voire un pamphlet à l'eau de rose de nuit, un truc en papier avec des pages quoi !
Sérieux, ne NOUS laisse plus des mois sans nouvelles de ton existence comme la dernière fois hein
merci d'avance
Ecrit par : jean-jacques | 21.03.2008
Je ne connaissais pas ce texte, Jean Jacques. Quant aux projets dont tu parles, un guide: "Budha et la peste: chemins de vapeurs buboniques en pays slaves et slaveries" est sous presse pour Lonely planet, J'ai aussi une biographie: "Nicolas Rico et ses douze vies" à paraître incessamment aux Editions du Rocher. Plus sérieusement pour la fiction Rose Nuit, c'est en projet aussi, mais pour ici!
Ecrit par : Six à Jean-Jacques | 22.03.2008
mais encore ?
Ecrit par : coco | 28.03.2008
c'est le claude qui a aussi écrit comment son amie caroline elle était sa came, sa vitamine, sa drogue, sa dope, sa coke, son crack, son amphétamine...
Ecrit par : jean-jacques | 31.03.2008
Mon cher Jean-Jacques, je vois que l'éclectisme de vos goûts musicaux n'a d'égal que la varité de vos personnalités!
PS: c'est exprès les emails vides que vous m'envoyez?
Ecrit par : Six pour JJ | 31.03.2008
que c'est curieux, je me posais justement la même question...
Ecrit par : jean-jacques | 31.03.2008
nous aussi !!!
Ecrit par : CHIP'N'DALE | 01.04.2008
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