06.07.2009

L'ascète

Hommage à l'ascète.

J'inaugure avec ce billet qui le concerne une série d'on ne sait qui, ou bien une photographie forcément tronquée des individus qui me font l'honneur de visiter mon quotidien. Il ne s'agit pas pour moi de jouer à l'entomologiste, mais bien plutôt de me souvenir un jour de ce qui a déterminé mes choix d'aujourd'hui. Car, je ne sais pas s'il en va de même pour toi, merveilleuse lectrice désireuse de sable chaud, mais autour de moi, de 4 à 89 ans, on ne parle que de légionnaire, de baise, d'amour dans les jours fastes, mais de baise, surtout.   

L'ascète donc.

De lui même, l'ascète ne te parle ni d'amour ni de baise, il est vrai. Mais une fois les banalités d'usage jetées aux orties, avec lui, je découvre tout un monde.

L'ascète ne parle de baise. En cela, il se démarque de la masse. C'est d'ailleurs l'une des priorités de l'ascète, par définition, de se démarquer de tous les autres. par coquetterie ou par conviction, voire même par obligation, qu'importe.
Il n'a pas toujours été ainsi, de nombreux et fabuleux orgasmes inscrits dans mon cerveau reptilien pourraient en témoigner, il ne leur manque que la parole.

L'ascète ressemble au Christ, aujourd'hui.

Il considère, à tort, que sa vie professionnelle est indigne de ce nom, il a toujours été trop beau pour imaginer qu'à 35 ans un cabriolet pourrait l'aider à séduire, d'ailleurs il trouve ces pratiques vulgaires "je mépriserais la femme qui accepterait cela, je me mépriserait donc de tenter de la posséder".

L'ascète est parvenu à m'attendrir ou presque avec son désenchantement.

Il est malheureux. Léger et adolescent dans sa démarche et son allure. Très au fait de la valeur de telle ou telle pièce de design seventies, l'ascète parle aussi des sociiétés secrètes avec la facilité que moi, j'aurais, à disserter sur les mérites d'une paire de louboutin.

Il a 15 exemplaires du même modêle de chemise dans des tons différents.

Une collection d'estampes japonaises que j'ai visitée bien des fois.

Il em semble que dans son appartement chaque objet a une place, mais il a vraiment, beaucoup trop d'objets. Si par malheur tu lui poses une question sur l'une de ces curiosités, tu en prends pour une heure d'explication.

Il a aussi des chaussures fauves à bouts fleuris qui ne sont pas des Berlutti (c'est trop vulgaire).

Il a aussi le teint gris. Et une maigreur dissuasive.

L'expression "chevillé au corps" a été inventée pour lui, je crois. Et la cheville se resserre. Il n'a plus que la peau sur les os.

Nous nous étions donné rendez-vous dans un parc.

J'arrive, il me dit qu'il veut pique-niquer. Ce n'était pas prévu, mais il avait prévu une chose: un sandwich, pour lui.

Dans la rue, l'ascète se déplace toujours légérement devant moi. Cette parodie de domination, puisque la distance est toujours d'un mêtre au plus me fait sourire.

Pour dissuader une femme qui le convoite et qui n'est pas à son goût, l'ascète requiert à une technique très simple: il se rend vulgaire, multiplie les plaisanteries lestes et irait même jusqu'au rôt plutôt que d'être franc. 

L'ascète se pique aussi de perversité, mais d'une perversité qui ne soit pas reconnue. Il m'en parle, je refuse de participer, mais quand il me voit il a les accessoires dans un sac.

Il ne vit rien.

Il manque de tout.

Et pourtant, c'était un homme beau drôle et intelligent.

Il est insupportable mais il est cohérent.

Beware.

Commentaires

("il ne vit rien")

Ecrit par : Charl' | 06.07.2009

Il commence à avoir des idées très précises de ce qu'il veut vivre, mais elles restent toujours des idées. Il a chez lui le matériel, tout ce qu'il faut. Mais est-ce que tu bosserais avec quelqu'un qui te dit d'emblée "j'ai une idée très précise de ce que je veux"? sachant qu'il n'a jamais rien produit en musique?

Ecrit par : MademoiselleSix@Charl' | 06.07.2009

En lisant votre billet, je rejoins Archie : si porter des hauts talons en été est un supplice pour vous, vivement l'hiver à vous voir en Louboutin. Comme quoi l'esprit mâle garde des détails bien ciblés tout de même.
Mais je ne vais pas me mentir à moi-même, c'est à la deuxième lecture que j'ai relevé ce détail. Juste le temps de réveiller mon cerveau mâle.
En fait, Je pensais que l'ascète allait être un Alceste. De par la similitude des nom/Nom? A cause de la vulgarité qu'il accorde à des choses dont le commun des mortels se délécte et qu'il trouve superflues voire fausses ?
Non, il semble juste décalé dans le temps. Un mâle cultivé tel que je les vois dans les années 50/60. Mais peut être ai-je une mauvaise image du père.

Ecrit par : John | 07.07.2009

Un mâle cultivé des années 50/60? Je dois avoir pour ma part une excellente image du père! Mais oui,On peut le penser quand on le voit, et vous avez raison, ces années-là ont sans doute produit pas mal de spécimens du genre, ceux là mêmes qui ont généré les premières vagues de divorces massifs. Et ça se comprend. Ces hommes recherchaient une femme qui soit aussi une mère. Aucune femme ne veut être une mère pour son partenaire, enfin j'espère. Le pauvre Ascète est un tyran, mais vélléitaire. Il ne se prend absolument pas en charge. Il devrait se dépécher de se trouver une vieille car ça commence à faire un peu juste pour prétendre au poste de gigolo.

Ecrit par : MademoiselleSix@Jhon | 07.07.2009

Bon, ben je pense qu'on va fusionner nos blogs, hein?;-)

Je précise que l'Ascète garde une relation fusionnelle avec sa maman, en général extrêmement conflictueuse quand il passe la trentaine. A cet âge, il voudrait se libérer de l'emprise de cette mère mais n'y arrive pas.

L'Ascète est essentiellement lâche. Il se débrouille toujours pour contourner les obstacles car il ne supporterait pas un échec. Il se réfugie dans des domaines où il n'aura pas à subir la comparaison.

L'Ascète est ascète car la plupart du temps, il bande mou. Il lui faudrait invoquer tous ses fantasmes pour réussir à pénétrer une femme. Trop fatiguant. Il préfère donc se masturber tranquillement. Bien évidemment, il met cette incapacité érectile sur le compte de sa partenaire, jamais suffisamment parfaite pour l'exciter convenablement.

L'Ascète est contradictoire: ayant une très haute opinion de lui, il voudrait une femme exceptionnellement belle et intelligente, il voudrait pouvoir l'admirer, il veut un idéal. Mais la vie étant mal faite, il craint tout autant qu'il les désire ce genre de femme avec lesquelles, à l'évidence il ne pourra pas suffisamment briller à leurs côtés.

Ainsi, il préfère rester dans le fantasme sans prendre de risque. CQFD.

Bon, Mademoiselle, tu m'expliques ce que tu fous à perdre ton temps avec ce genre de mecs? ;-)))

Ecrit par : Next | 07.07.2009

Et être un père pour son amante est tout aussi lourd à porter.

Ecrit par : John | 07.07.2009

John, ôte-moi d'un doute: quand tu disais sur mon blog que tu te reconnaissais dans le portrait de l'ascète, ça englobait aussi mon comm' ou pas? :ppp

Ecrit par : Next | 07.07.2009

Même si je suis d'accord avec toi sur la plupart des points, l'ascète dont je parle n'a aucun problème érectile, bien au contraire, il ne restait pas au stade du fantasme quand il était avec moi, mais c'est vrai qu'il n'est pas fait pour les relations conjuguales. Loin de moi l'idée de l'en blâmer (je ne suis vraiment, mais alors vraiment pas la bonne personne pour blâmer ça!)
L'un des problèmes de l'ascète, c'est de croire que l'orgasme synchronisé suffit à satisfaire une femme d'aujourd'hui. De finalement ne vivre sa virilité que par la sexualité.

Ecrit par : MademoiselleSix@Next | 07.07.2009

Bien cher John,
On pourrait convoquer la PNL et le reste mais jouer ce rôle n'est-il pas une partie du contrat: vous avez une amante, donc une épouse, vous ne prodiguerez jamais à votre amante ce que vous prodiguez à une épouse. Votre amante vous donne donc des prérogatives de père, peut-être. Que voulez-vous! vous convoitez sa jeunesse et sa fraicheur, elle convoite votre maturité et votre connaissance de la vie, étiez vous naïf au point de penser que vous étiez si parfait qu'elle se donnais à vous, sans avenir, uniquement pour votre aspect? Vous êtes un homme plus âgé qu'elle qui ne peut lui offrir de perspectives communes. Elle prend ce que vous avez à donner, pas plus, pas moins. L'ascète quant à lui est différent: il ne trompe personne mais ne donne rien non plus ;-)

Ecrit par : MademoiselleSix@John | 07.07.2009

Total respect

Ecrit par : Next | 07.07.2009

C'est maintenant vous qui êtes plus précise que moi chère Six. Je suis d'accord avec votre analyse, car je la partage, mais cela n'enlève rien à ma remarque. Le fait d'être conscient que cette image du père l'attire n'en est que plus lourd. Et en prendre conscience est assez rapide pour peu qu'on écoute.

Ecrit par : John | 08.07.2009

Si elle a conscience également d'être attirée par cette image du père (ou même, si elle construit par force cette image pour accepter le caractère clandestin de votre aventure) où est le problème? Et puis il y a sans doute bien plus que cela entre vous deux, je suppose!

Ecrit par : MademoiselleSix@John | 08.07.2009

"Et puis il y a sans doute bien plus que cela ..." .
"avait" en lieu et place du "a". Et son statut d'amante avait évolué vers un côté plus..officiel.
Mais vous avez raison, dans l'ensemble il n'y avait pas de problème. Sauf le fait de savoir que cela devait finir. Mais tout fini un jour n'est-ce pas ?

Ecrit par : John | 08.07.2009

"Tout finit un jour, n'est-ce pas?" je n'en suis vraiment pas persuadée. Votre nostalgie semble d'ailleurs prouver le contraire.

Ecrit par : MademoiselleSix@John | 09.07.2009

Merci de m'avoir conseillé la lecture de cet article. C'est une analyse très pertinente.

Ecrit par : Winston | 14.07.2009

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