16.08.2009

Tiens, c'est un anniversaire!

Ca m'a sauté au visage tout à l'heure en revenant d'une rencontre avec un homme qui doit figurer dans la "galerie pour tous" tant il avait bien amorcé son entrée pour que nous passions un peu plus de temps ensemble et tant il a loupé sa sortie éventuelle.

Ca fait un an. Jour pour jour. Que j'ai pris la perte en pleine face comme un upercut. J'avais un ami, une âme soeur, qui était devenu mon amant et mon amoureux. Enfin dans ma tête seulement mais ça je ne le savais pas encore. Il y a un an, un homme que j'aimais de tout mon être et à qui j'avais donné toute ma confiance m'a jetée hors de chez lui sans aucune explication. Avant notre rencontre, nous avions été amis pendant deux ans via beautiful internet. En nettoyant mon ordi hier, car mes activités actuelles me demandent pas mal de mémoire virtuelle, je suis tombée sur une conversation d'avec quelqu'un qui l'avait rencontré avant moi et qui m'avait dit "R n'est proche de personne". Je ne l'avais pas cru bien sûr. Il faut à l'amour une bonne dose d'inconscience pour se déveloper. J'ai souvent tendance à penser qu'il ne faut jamais regretter d'avoir aimé. Mais dans ce cas précis je suis triste d'avoir donné mon amitié à un être aussi superficiel. Il n'a eu pour moi aucune amitié et encore moins d'amour, ça c'est certain. Et si je n'étais pas parvenue à me prouver depuis, par le travail, que je sais mener un raisonnement à son terme, j'aurais de sérieux motifs de me m'inquiéter de ma capacité à réfléchir. On est toujours aveugle en amour, mais l'être aussi en amitié me semble dommage. 

Je sais aujourd'hui que cet abandon, puisque c'en était un, a eu des conséquences très positives pour moi. 

Pourtant,pendant un mois, j'ai été incapable de travailler, de manger, de dormir, alors que j'avais des échéances de boulot très proches. Je pense ne pas encore avoir dit à CUI à quel point il m'a aidée à ce moment-là, en partageant tout simplement son expérience. Et puis pendant ce mois, j'ai réalisé, donc à quel point notre amitié à R' et moi avait été factice: j'étais en train de crever, il s'en fichait complétement. Ce n'est pas comme cela qu'on se comporte en amitié, même avec un ami perdu parce qu'on a couché avec lui. 

Ce que j'ai surtout appris, à travers cette rupture, c'est qu'il faut se garder des êtres sans passion. Ils s'ennuyent tellement qu'ils ne peuvent que vous faire du mal. Vous savez, les raisonnables, les calmes, les "un peu mous mais si constants". Ils ne sont pas très différents de vous et moi, ils aimeraient bien jouir de la vie, seulement ils n'y arrivent pas. Alors à un moment, ils vont vous en vouloir terriblement de vivre tellement plus fort et vos euphories, vos succès, vos colères leur deviendront insupportables. Ils ne le savent pas vraiment eux-mêmes, mais en fait ils vous en veulent un peu. Votre joie de vivre les ramène à leur médiocrité, ils ne verront que cela dans votre existence, leur absence d'être. Ils prétendront le contraire bien sûr, plus ou moins, selon leur degré de socialisation. Pour le dire autrement, je ne me laisserai plus baiser en amour, en amitié, ni même pour un soir par une personne qui ne s'est pas donné les moyens de s'épanouir. Les vampires de pacotille, velleitaires et peine à jouir, très peu pour moi. Je suis assez lucide aussi, si j'ai passé autant de temps avec ce sinistre individu, c'est que j'y trouvais mon compte. Je devais sans doute manquer de confiance en moi et m'imaginer qu'il fallait m'abaisser ou aider pour être aimée. Agir ainsi c'est espérer un retour, et l'espérer d'individus incapables de comprendre cette notion.

  Mais je sais maintenant qu'il n'y a d'empathie que chez les êtres en mouvement.

J'ai aimé un salaud, qui m'a quittée sans un mot d'explication et en m'avillissant le plus possible: un an plus tard j'ai triplé mon salaire, j'ai arrêté de m'injecter de la nicotine de manière compulsive, je suis bien mieux dans ma peau. Je n'aurais jamais cru être capable de tout cela.        

30.07.2009

L'agent immobilier

Il n'a pas compris quand elle l'a quitté.

Elle lui avait bien spécifié cependant que c'était pour un autre que lui, et que "dans la vie, il faut suivre son désir".

J'ai rencontré l'agent immobilier au moment où Sarah était encore dans sa vie, presque une ombre, déjà, peut-être, mais présente de temps en temps.

Elle ne souriait déjà plus, en réalité et il était trop silencieux quand elle arrivait.

Il est beau, c'est vrai, et il a l'élégance arrogante de ces hommes tournés vers le profit et le charme, mais sous l'assurance on sent un peu (trop) vite la fragilité. Trop de fragilité pour les affaires peut-être, suffisamment pour l'amitié.  Il cherche les regards. C'est comme cela que nous avons commencé à nous (re)connaître lui et moi, dans ce troquet qui nous sert de cantine. Je l'y avais vu avec Sarah qui le rejoignait parfois pour déjeuner quand elle passait dans le quartier pour un rendez-vous.

Et puis Sarah n'est plus venue.

Charles a eu l'air un peu plus fragile. Il trainait un peu après le déjeûner, qu'il prenait maintenant avec d'autres marchands de biens. Tout le monde riait fort, et buvait trop.

Il était doucereux mais à vif le jour où il m'a abordée.

D'abord au téléphone avec une jeune femme qu'il ne connaissait pas il a prononcé ces mots en me fixant du regard "J'aimerais beaucoup vous connaître plus personellement". j'ai éclaté de rire, son sourire s'est brisé, il a raccroché puis m'a tourné le dos.

Comme je quittais le restaurant, faisant tomber la veste posée sur son dossier, il s'est retourné pour me dire "vous l'avez fait exprès!"

Ce qui était faux. Cependant, je n'ai pas nié.

Que faire contre un tel ressentiment?

Que faire pour un homme qui hait les femmes?

Nous avons passé ensemble une semaine de vacances dont je reviens épuisée.

Il y a eu des moments agréables, mais comment savoir si mes paroles, forcément brutales ont eu quelque effet?

Sait-il ou feint-il de ne pas savoir que ni mon cul ni celui d'une autre n'effaceront son histoire avec Sarah?     

17.07.2009

Une très belle femme lucide de 35 ans

Que les femmes aient tous les pouvoirs aujourd'hui est une réalité qu'il est absolument inutile de mettre en question.

C'est juste un fait banal, un fruit de l'évolution et de quelques révolutions qui n'empêche pas les femmes d'en souffrir, en général.

Ce que les femmes font de leur pouvoir est une autre histoire et c'est celle-ci qui nous intéresse, magnifique lectrice absente qui doit impérativement se faire une légère retouche aisselles/ maillot pour la plage, demain.

La femme dont je te parle, c'est toi, mais en mieux.

Car, je te l'annonce, elle, elle a vraiment compris ce qui se passait, du moins j'en ai l'impression.

Elle a de plus, su rester bienveillante, et donc vivante, envers tous et toutes, ce qui, tu en conviendras, n'est pas une affaire aisée de nos jours.

Voici ce qui s'est passé dans la vie de cette magnifique personne.

A vingt ans, elle avait le monde à ses pieds, mais comme elle avait vingt ans, elle les ignorait tous. Ca la flattait sans doute un peu d'exercer son pouvoir de séduction mais elle méprisait les vieux qui la draguaient et puis, bien entendu, elle était amoureuse. D'un type formidable et vélléitaire auquel elle consacrait son temps et sa vie, tout en menant de front ses études et des boulots pour les financer. Pendant ce temps, lui, il réfléchissait.

Ca a duré dix années.

Un jour elle en a eu assez, qu'il ne "puisse" pas être père.

Elle l'a quitté.

Sa phrase, terrible, un jour, que je comprends seulement maintenant "le prochain qui passe, je fais un gosse avec lui"

Celui qui est passé est celui avec lequel elle vit aujourd'hui.

Peut-être pas pour toujours.

Mais elle accepte avec bienveillance sa présence, son droit à la paternité, sa jeunesse, ses défauts.

Je pense qu'il n'est pas absolument impossible qu'un jour elle redonne sa chance au vélléitaire.

Si elle l'aime encore.

Elle aura donc fait ce qu'il fallait pour elle, puisqu'être mère était son besoin primordial.

Elle respecte tout le monde et elle au premier chef.

Mon admiration pour cette femme est totale.

Parce qu'elle a su être réaliste par rapport à ses besoins et à ceux des hommes.

Prenons en de la graine, mesdemoiselles! 

Mais sachons aussi le courage absolu que cette démarche requiert. 

Et que c'est peut-être ça sublimer le romantisme dans le temps. 

 

11.07.2009

Journaliste, 37 ans deux enfants, séparé.

Son malaise est, je pense, assez imperceptible lors d'une première rencontre.

Nous nous connaissons depuis quinze années.

Nous étions, parait-il, à l'âge où Rimbaud n'est pas que du papier, des amis intimes. Nous nous voyons de loin en loin, pour les événements importants de la vie, et même pas par loyauté envers des souvenirs communs.

Il m'appelle, il va mal.

Le Journaliste vit en province mais cela n'empêche pas son succès, vous savez, ce succès qui se chiffre et dont il se fait l'écho assez fréquemment.

Il va mal, nous nous voyons.

C'est à dire que je prends le train.

Il vit un peu à l'extérieur de la ville dans un appartement très moyen. L'AZ4 restera au garage, nous marcherons. Il accepte que je l'invite à dîner.

Plus tard devant le bar où nous avons pris place, un homme se fait molester par trois autres. Il ne bouge pas. Je demande au barman d'appeler la police et lui prête mon téléphone.

Le Journaliste "fait" précise-t-il, 6000 euros par mois.

Plus tôt, je lui avais demandé quelles étaient ses valeurs fondamentales.

Il avait répondu, très sérieusement et en développant: "bienveillance et courage". Alors que je demandais s'il s'agissait de courage moral ou d'âpreté à l'action, il m'avait répondu "les deux" puis "les actes sont plus importants que les paroles"

Disons que pendant quinze ans, j'ai cru à cette phrase.    

06.07.2009

L'ascète

Hommage à l'ascète.

J'inaugure avec ce billet qui le concerne une série d'on ne sait qui, ou bien une photographie forcément tronquée des individus qui me font l'honneur de visiter mon quotidien. Il ne s'agit pas pour moi de jouer à l'entomologiste, mais bien plutôt de me souvenir un jour de ce qui a déterminé mes choix d'aujourd'hui. Car, je ne sais pas s'il en va de même pour toi, merveilleuse lectrice désireuse de sable chaud, mais autour de moi, de 4 à 89 ans, on ne parle que de légionnaire, de baise, d'amour dans les jours fastes, mais de baise, surtout.   

L'ascète donc.

De lui même, l'ascète ne te parle ni d'amour ni de baise, il est vrai. Mais une fois les banalités d'usage jetées aux orties, avec lui, je découvre tout un monde.

L'ascète ne parle de baise. En cela, il se démarque de la masse. C'est d'ailleurs l'une des priorités de l'ascète, par définition, de se démarquer de tous les autres. par coquetterie ou par conviction, voire même par obligation, qu'importe.
Il n'a pas toujours été ainsi, de nombreux et fabuleux orgasmes inscrits dans mon cerveau reptilien pourraient en témoigner, il ne leur manque que la parole.

L'ascète ressemble au Christ, aujourd'hui.

Il considère, à tort, que sa vie professionnelle est indigne de ce nom, il a toujours été trop beau pour imaginer qu'à 35 ans un cabriolet pourrait l'aider à séduire, d'ailleurs il trouve ces pratiques vulgaires "je mépriserais la femme qui accepterait cela, je me mépriserait donc de tenter de la posséder".

L'ascète est parvenu à m'attendrir ou presque avec son désenchantement.

Il est malheureux. Léger et adolescent dans sa démarche et son allure. Très au fait de la valeur de telle ou telle pièce de design seventies, l'ascète parle aussi des sociiétés secrètes avec la facilité que moi, j'aurais, à disserter sur les mérites d'une paire de louboutin.

Il a 15 exemplaires du même modêle de chemise dans des tons différents.

Une collection d'estampes japonaises que j'ai visitée bien des fois.

Il em semble que dans son appartement chaque objet a une place, mais il a vraiment, beaucoup trop d'objets. Si par malheur tu lui poses une question sur l'une de ces curiosités, tu en prends pour une heure d'explication.

Il a aussi des chaussures fauves à bouts fleuris qui ne sont pas des Berlutti (c'est trop vulgaire).

Il a aussi le teint gris. Et une maigreur dissuasive.

L'expression "chevillé au corps" a été inventée pour lui, je crois. Et la cheville se resserre. Il n'a plus que la peau sur les os.

Nous nous étions donné rendez-vous dans un parc.

J'arrive, il me dit qu'il veut pique-niquer. Ce n'était pas prévu, mais il avait prévu une chose: un sandwich, pour lui.

Dans la rue, l'ascète se déplace toujours légérement devant moi. Cette parodie de domination, puisque la distance est toujours d'un mêtre au plus me fait sourire.

Pour dissuader une femme qui le convoite et qui n'est pas à son goût, l'ascète requiert à une technique très simple: il se rend vulgaire, multiplie les plaisanteries lestes et irait même jusqu'au rôt plutôt que d'être franc. 

L'ascète se pique aussi de perversité, mais d'une perversité qui ne soit pas reconnue. Il m'en parle, je refuse de participer, mais quand il me voit il a les accessoires dans un sac.

Il ne vit rien.

Il manque de tout.

Et pourtant, c'était un homme beau drôle et intelligent.

Il est insupportable mais il est cohérent.

Beware.