15.04.2008

Les voisins

Vinaver.

Renan Luce.

Entre ces deux extrêmes, le grand écart.

Est-ce qu'elle fait le grand écart?

Aujourd'hui, à l'entendre, du moins, elle a du être sérieusement écartelée.

C'est fou ce qu'elle jouit fort. Elle jouit même de plus en plus fort au fur et à mesure de nos séjours ici. Ils vivent ici "à l'année", ils ont un canari ou une perruche, on ne sait pas trop.

La première fois que je l'ai entendue jouir, c'était au téléphone. Il m'avait dit "écoute ça, je suis au milieu du salon!" je m'étais dit qu'il y avait un sérieux problème d'isolation.

La deuxième fois que je l'ai entendue jouir, elle  hurlait, plutôt qu'elle ne disait " oh! oui! viens! "   Lui, enfin le "lui" supposé, ne disait toujours rien. Ils l'ont fait 4 fois dans la journée ce jour là. ça m'a vaguement excitée et puis je me suis demandée si le partenaire silencieux était un homme, un vibro, un gode, le canari, à un moment un enfant s'est mis à pleurer, et les cris de cette voisine ont semblé comme étouffés par la main de l'amant, ou par un oreiller. A la troisème "séance auditive" j'ai noté après le "oh oui" le bruit, immédiat de la douche dans la salle de bain. j'étais moi même juste à côté, dans la salle de bain, seule; Avec mes dix doigts et une découverte assez pathétique, une paraphilie minable, mon tout nouvellement découvert voyeurisme auditif.

Quand mon bien aimé est revenu, je n'ai pu m'empecher une perfide remarque: "d'après moi, elle se prostitue". Qui s'est au fil du temps, muée en: "elle simule". Mes douteux arguments étant "ben oui, quand on jouit on ne prend pas une douche de suite, sauf si c'est avec un type qu'on  fait payer par nécéssité,hein chéri?" la réponse fut sans appel "d'abord tu ne sais pas qui se douche, et en plus ils utilisent peut-être des choses salissantes, qui nécésssitent une douche immédiate, pour le bien de tous, et des tentures de l'appartement". Mon bien aimé a d'habiles manières de me dire "ta gueule" on est d'accord.  

Jalouse!  

Pas faux, j'étais envieuse de cet organe vocal, ou plutôt de la manière dont sa proprietaire s'en servait (et dont elle se sert à plusieurs reprises, quotidiennement) car si déjà, moi, ça m'excite vaguement (et d'une manière désagréable, mais désagréable uniquement parce qu'elle me renvoie à ma solitude, à la pile de boulot qui m'attend) que peut-il bien en être de l'effet produit sur son amant? Elle ne dit pas grand chose, en fait, rien de particulièrement sophistiqué, mais elle hurle bien, que ce soit forcé ou pas.

Alors je sais bien que le plaisir ressenti n'est pas positivement lié aux nombres de décibels émis, (moi même jeune pudique éffarouchée, je suis plutôt discrète)  il n'empèche je me demande bien ce qui lui arrive (et là je pense cuir noir, lanières, cuffs, forcément).

Et là, je trouve la solution: si la cloison est mince pour moi, enfin pour nous, mais lui, ça n'a pas l'air de le perturber le moins du monde alors elle est mince aussi pour eux. Et de même que je peux entendre ses cris et hurlements, de même, elle doit entendre nos conversations et peut-être, qui sait, mes frêles gémissements et autres grognements baillonnés. De même que je découvre mon voyeurisme auditif, elle satisfait pleinement, peut-être, son exhibitionisme vocal.

C'est mon oreille qui l'excite, en fait.    

08.04.2008

"Elle est plutôt mixte, je crois"

Vacances.

Si certains d'entre nous se penchent, lors de leur choix de destination de vacances, sur l'inaccessibilité du lieu (une petite montagne très discrète, oui, derrière le mont pelé, je te dis), le choc culturel (c'est sûr ,nous ne sommes plus les mêmes depuis notre retour d'Inde, mais les gens sont pas très propres là bas , tout de même, besides, I've been curried out), la manière dont ils se débarasseront de leurs mouflets ( les monitrices du mini club med d'Hamamet sont gé-niales!), le caractère très "home made" de leur voyage ( avec comptoir, nous avons eu nos réservations d'hotel jusque Los Angeles exactement où nous le souhaitions!) ou encore carrément self made (j'ai passé un mois à organiser ce trek au Népal...je 'y suis pris un an à l'avance), moi pas.

Ce n'est  pas par absence totale et définitive d'instinct maternel que je voyage sans charge d'âme, mais les monitrices du club med ne me rapellent que le temps, pas si lointain, où moi même je devais organiser des activités de vacances pour des ados de six nationalités différentes. Leur présence n'amplifie mon repos que si je les vois, de loin, mais alors de très loin, s'agiter, leur jetant un amical "ça va, pas trop dur?" en me levant très très lentement d'une chaise longue après une exposition prolongée, de l'air de celle qui en a vu d'autres, qui sait, et qui n'aimerait pas y retourner.  

J'aimerais aussi beaucoup me voir telle une Mata Hari ou une Jane Bowles parcourant le monde en tous sens à cheval ou à pieds mais la perspective d'une semaine sous la tente en pleine montagne avec pour tout soin du corps une rivière glacée à quelques pas, on peut me répeter que ce sont des vacances, je n'y crois pas.

J'ai des rêves d'Asie pas encore déçus par la confrontation réelle et trois vrais prérequis pour passer de bonnes vacances: du soleil, une mer suffisamment chaude et calme pour y nager et si possible y plonger, et la découverte de quelques nouveaux plats, idéalement la découverte d'un nouveau fruit ou d'un légume jusqu'ici inconnu. Bien entendu une architecture intéressante et une ville grouillante de gens sont des atouts supplémentaires, mais pas indispensables. En revanche l'éveil de la sensualité, si. Bref quand je pense "vacances", je pense Grèce, je pense Egypte, je pense West Indies.

Mais il y a aussi les week- ends bretons. On part le vendredi, on revient le dimanche. La mer est rarement suffisamment chaude pour y nager ou y plonger. Il faut donc, contrainte et forcée, la paupière lourde, le pas pesant, se rabattre, pour toute activité physique, sur l'éveil de la sensualité. 

j'avais il y a quelques temps déjà expérimenté ici , comment les lectures érotiques pouvaient notablement améliorer la qualité de nos vacances et l'extension de notre espace vital, à nous autres, trentenaires excités et privés de responsabilités parentales. je pratique depuis la lecture de textes sexuels dans les trains. Toute publication récente de la musardine fait en général l'affaire mais j'ai une préference marquée pour "la revanche du clitoris", ça a l'air d'un "que sais je?" au niveau du format, mais Clitoris est écrit en gros, dessus. Le monsieur en face est gêné, il ne vous embêtera pas.

J'ai recemment pu constater que l'activité erotique qui frôle la revendication peut benéficier au week end de mars en pays Breton.   

Il arrive que partie en week-end en plein pays Breton, on s'aperçoive à l'arrivée que l'on a oublié un élément voire des éléments essentiels au bon déroulement des opérations. Pour ceux qui sont parents, la liste des oublis possible est quasi-infinie et inversement proportionnelle à l'âge des lardons, pour ceux qui s'adonnent aux plaisirs de la chair à des fins exclusivement non reproductrices, elle est illimitée, oui, tout autant, mais circonscrite à deux domaines bien précis: les jeux sexuels et l'apparence corporelle, ce qui revient à peu près au même.

j'ai donc testé pour vous: l'oubli de trousse de toilette pour week end en pays breton. Et non, il ne s'est pas agi de trouver un brico-dépot fournisseur de cordes à Shibari de savoir où se procurer une paire de menottes, un baillon-boule  ou un martinet, ce genre d'outils, c'est pas moi qui m'en charge, chacun ses responsabilités, faut pas exagérer. Non j'avais, plus simplement oublié tout mon maquillage, et oui, mon flacon violet sur lequel on peut lire "play" (oui je sais on l'a tous celui là, d'ailleurs, appelez moi nez agile, mais j'aime vraiment de moins en moins son odeur et le bruit du clapet quand on l'ouvre à celui là, je ne sais pas pourquoi mais à chaque fois que nous l'ouvrons je pense à une musique de chevauchée de Western et à Napoléon qui, rentrant de campagne, glissait par billet à Joséphine, "ne te lave pas, j'arrive").

Après un passage ruinant à l'unique parfumerie de la commune pour me fournir en cosmétiques, je décidai donc de pousser la porte de la pharmacie du village, un lieu peuplé de mamies à trolleys écossais garnis de poireaux, tendres et fureteuses, l'oeil et l'oreille alertes, et d'une pharmacienne rompue à l'acceuil du touriste sans brosse à dent. Cette dernière, me voyant chercher du regard un produit en libre-service m'adressa un "madame, je peux vous être utile?" en me souriant de toutes ses dents, je passai sur le "madame" (qui indique forcément, hein forcément que j'ai mal dormi à mon âge, on DOIT m'appeler Mademoiselle) et articulais, un peu fort, c'est vrai, histoire de satisfaire toutes ces dames sans en oublier aucune, même celle qui éventuellement serait un peu dure de la feuille: "OUI, je voudrais du LUBRIFIANT!". le visage de la pharmacienne se ferma, son sourire se referma tel la mâchoire du requin sur une jambe dans "jaws" et c'est littéralement entre ses dents qu'elle murmura "là bas, derrière, près du rayon puériculture" puis elle tourna les talons. je trouvais en effet mon lubrifiant, flacon grand modèle, tout en bas de l'étagère, sous les doudous et les bouteilles d'eau de toilette "tartines et chocolat". les flacons petits modèles, bien suffisants pour un week end, étaient forcément "chauffant" "goût menthe" ou "effet froid", comme si quand tu achetais un flacon de lubrifiant classique, tu t'en enduisais nécessairement tout le corps pour ensuite disputer un match de catch, et  je me dirigeais vers la file d'attente de la caisse.

 Je fus surprise une fois prête à payer, d'être servie par une jeune femme un peu moins engonçée que la matronne qui m'avait accueillie. Après avoir devisé avec moi des vertus d'"Apis mellifica" en homéopathie,  elle me gratifia d'un diagnostic complet de l'état de ma peau "oui, elle est plutôt mixte, je crois" glissa dans mon sachet une bonne dizaine de doses d'essais d'une nouvelle gamme de crèmes Caudalie et me proposa une carte de fidélité que je déclinais. Pour tout salut et toute prise de congé, "jaws" sa congènere rombière  se contenta de se glisser derrière elle et d'ajouter à mon achat un savon d'invité RogerGallet sans emballage et de lâcher un méprisant "cadeau!" murmuré entre des lêvres pincées qui semblaient vouloir dire "hors de notre ville, scélérate, sale fille, Messaline, lave toi de tes pechés, et ne viens pas pervertir nos braves habitants!"

Mesdames, je ne saurais donc trop vous recommander, pour voyager léger et rigolo en pays breton (mais en Normandie ça fonctionne sans doute aussi), d'oublier scrupuleusement votre trousse de toilette à la maison.