28.10.2007
6/7 L'envie : tu la préfères
"Tu comprends, ce n'est pas que je l'aime, c'est juste que je la prèfére"
"Après tout, c'est ton droit, je suppose"
"Oui, c'est vrai que j'ai pu te donner une impression contraire ces derniers temps, mais ça m'est apparu tout à l'heure, je la préfère vraiment. J'ai sincèrement cru un moment que tu me plaisais plus qu'elle mais je me suis trompé"
"Et c'est pour me dire ça que tu m'appelles?"
"Je ne voulais pas que tu l'apprennes par quelqu'un d'autre, tu t'emballes tellement vite, j'ai bien vu que tu commencais à t'imaginer des choses"
"Je te remercie d'avoir la cruauté de souligner la stupidité de mon enthousiasme, je te regretterai moins"
"je compte lui demander d'emmenager avec moi, je trouve plus correct de ma part de te le dire"
"Vous allez vivre ensemble? si vite?"
"Si elle veut bien, oui, enfin je l'espère, je ne suis pas sûr qu'elle accepte tu sais."
"Mais tu disais toujours qu'il vaut mieux prendre son temps!"
"Avec une fille comme toi, oui, mais avec elle c'est différent, on a la même manière d'envisager la vie de couple, la vie, aussi"
"Elle te flatte et tu le sais"
"Oui et alors? Ca n'est pas désagréable d'être apprécié voire admiré de temps à autres tu sais. Et puis elle fait de gros efforts pour bien me flatter, j'admire son parcours de manipulatrice chaque jour que Dieu fait, elle fait admirablement fructifier ses talents"
"Vous êtes aussi dévoyés et pervers l'un que l'autre"
"Et toi tu nous envies, l'un et l'autre, c'est mal aussi d'envier, tu sais"
"je vous envie sans doute mais je n'envie pas ce que vous faîtes, tu la préfères c'est vrai, parce que vous êtes bien l'un et l'autre incapables d'aimer"
13:55 Publié dans Six ou sept péchés | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : six ou sept péchés capitaux, l'envie, femmes, hommes
18.10.2007
4/7 La gourmandise.
Il faut, pour pêcher par gourmandise, oublier que l'on a un ventre, à capacité variable, certes, mais tout de même limitée, c'est ce que mon week end m'a appris. Il faut laisser le plaisir des mets nous envahir suffisamment pour effacer la peur d'un inconfort ultérieur.
Il était arrivé un peu en retard et j'avais faim, très faim, car je n'avais pas déjeuné. Cependant je ne ressentais pas cette faim comme d'ordinaire lorsque le ventre grogne et tiraille, je ressentais plutôt une lègére faiblesse, une sorte de fatigue adossée à ma curiosité, penchée sur mon envie. "Lightheaded", un état qui n'est pas désagréable mais dont on sait qu'il faudra bientôt pour éviter la migraine, le faire cesser.
"Tu veux boire quelque chose?"
"Non, merci, si on allait plutôt dîner?"
Lorsque l'on dîne pour la première fois avec quelqu'un, il y a certains plats, voire certaines tables, qu'il vaut mieux éviter; surtout lorsque l'on est coquette et timide, que le quelqu'un avec lequel on s'apprete à manger est un bel homme et que l'on veut sembler civilisée. On proscrit par exemple le vindaloo trop pimenté qui fait pleurer les yeux et couler le mascara, on s'interdit la jambette de porc servie sur une planche ou le gargantuesque tartare frites (ou les moules frites, d'ailleurs) dont on sait bien qu'ils feront fatalement passer la conversation au second plan, pour des raisons évidentes, on bannit aussi les spaghettis. On remet également à tantôt l'exercice périlleux du plateau de fruits de mer: le tourteau et les langoustines rendent la fuite précipitée impossible, on ne saurait se condamner par avance à passer trois heures avec un type rasoir, les huitres et les amandes laissent forcément de leur eau sur votre menton, on ne saurait raisonnablement se condamner de suite à ne plus jamais le revoir.
Mes origines asiatiques étant ce qu'elles sont, c'est à dire inexistantes, et mon maniement des baguettes assez aléatoire (je fais illusion, mais pas tout le temps), je m'étonne moi même d'avoir choisi un restaurant japonais pour cette entrevue. J'aime tous les mets japonais, crus, cuits, solides et liquides et c'est donc sur l'autel de ma gourmandise que je m'apprétais à sacrifier coquetterie, timidité. Par gourmandise j'allais reveler ma vraie nature et baffrer comme un crapouillot, prenant le risque de dégouter à tout jamais mon vis à vis de ma petite et gourmande personne.
Nous fûmes accueillis dans ce restaurant bondé par une chaleur suffocante et une hôtesse affable. Un geste un peu brusque de mon musclé compagnon avait fait claquer la lourde porte de l'établissement lors de notre entrée, tous les regards des mangeurs attablés, accusateurs déjà, s'étaient levés vers nous, nous étions par avance désignés du doigt, mis au ban, par avance coupables bruyants et pilleurs de sushis.
C'est devant un saké chaud trop chaud, et donc renversé à demi sur la table que nous finimes par définir le cours des agapes: un menu pour deux, long comme une manche de kimono bleu. Jaugant la taille de a table, R****s'inquieta un instant: "mais où vont-ils bien pouvoir nous servir tout cela?" Inquiète à mon tour de cette soudaine faiblesse d'appétit, je tentais de le rassurer par un lénifiant "on nous installera sans doute une seconde table"accompagné d'un battement de cils, dernière concession à une féminité vacillante, prête à ployer sous le démon de l'appétit. Il faisait chaud comme dans un bon bain.
Après quelques amuse-bouches négociés sans trop de dommages, exceptées des nouilles de riz, impossibles à amener sereinement à la bouche avec des baguettes lorsqu'elles sont servies dans une coupelle à fond plat, et que je lapai donc sans façon sous l'oeil médusé de R***, on placa entre nous ne farandole de sushis et de sashimis. Je ne saurais dire si nous les avons dégustés ou engloutis, mais je suis bien certaine de les avoir tous dévorés des yeux. A mesure que nous progressions, les tables autour de nous se vidaient, rendant l'air plus léger alors que nos ventres se remplissaient, doucement la chaleur ambiante s'infiltrait dans nos corps, les plats successifs en étaient le vecteur, nous entrions en symbiose avec l'espace qui nous entourait. S je ne sentis pas mon estomac se charger, je sentis en revanche ma relative bonne fortune à l'usage des baguettes me faire défaut: un sushi les quitta, alors qu'il avait presque achevé sa course jusqu'à ma bouche, pour venir s'écraser dans une pleine coupe de sauce de soja. R*** avisa sévèrement la table de bois laquée maculée de toutes parts, mon hilarité, sans doute ornée de filaments de chair cru de poisson près des gencives, mes tentatives infructueuses pour éponger ces dégats et me lâcha un bienveillant:
"Pourquoi ne pas demander une fourchette?, ils ont l'habitude, tu sais, des gens comme toi!"
la sauce de soja a ceci de terrible qu'elle ternit le bois laqué, rendant la culpabilité de la maladroite visible pour longtemps. les serviettes blanches ont ceci d'affreux qu'elles ressemblent, une fois réquisitionnées pour essuyer de la sauce de soja, à des morceaux de vieux pansements ensanglantés posés là, sur la table, désormais ternie, au beau milieu du repas. R**** bouda les derniers sushis, sans doute écoeuré par toute cette saleté, je les broutai donc sans remords à la baguette, et puis aux doigts.
Vint ensuite le temps des plats chauds, des viandes à foison, une diversité à profusion, des brochettes et des cailles devant lesquelles R*** hésita, et que j'attaquai à mains nues. je m'entendis prononcer un "mais il n'y a pas de riz?" parfaitement absurde, je n'avais plus faim, je mangeais avec un plaisir infini. Le sourcil de R*** se leva face à cette gloutonnerie croissante, j'eus l'impression d'être un personnage d'un film culinaire tourné par Warhol façon Factory, où l'on mangerait sans plus jamais s'arrêter. La musique nipponne d'ordinaire apaisante devenait d'ailleurs agaçante, sans doute avions nous entendu le même morceau cinq ou six fois. Je goutais aux milles manières de conquérir une brochette: en grignoter les pourtours, l'engloutir façon gorge profonde, en séparer les morceaux un à un avec une baguette pour levier. Je n'avais pas honte, je savourais.
Comblée, à la fin de repas que je terminai en apothéose en commandant un thé, j'eus le temps de pignocher des framboises et des noisettes dans le dessert de R****.
Nous sortimes, mais je n'en restai pas là Je l'ai dit j'aime les plats japonais, liquides, solides mais aussi éthérés et j'eus ensuite, par bonheur, tout le loisir de me nourrir encore du souffle et de l'air qu'R*** respirait.
15:35 Publié dans Six ou sept péchés | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : gourmandise, sept péchés, respiration, journal intime
25.09.2007
Messieurs, Mademoiselle. 3/7: la colère
"Mademoiselle, vous n'êtes pas féminine" (hé bien, Monsieur, qu'est-ce donc que la féminité?)
"Mademoiselle, vous avez du mal à exprimer vos sentiments"
"Mademoiselle, vous vous êtes forgé une carapace, ce qui est le signe d'un vécu douloureux, tout particulièrement avec les hommes, vous méritez mieux que cela, j'en suis persuadé" (blah, blah, blah)
"Mademoiselle, vous devriez vous mettre en condition"
"Mademoiselle, vous ne vous aimez pas assez"
"Mademoiselle, vous vous aimez trop, je crois"
"Mademoiselle, vous cherchez sans doute à être punie" (Monsieur, comment penser que vous n'êtes pas à court d'argument? si on ne peut plus discuter....)
"Mademoiselle, vous devriez essayer la cravache!" (et vous le bromure)
"Toi, tu n'es pas une bonne soumise" (authentique)
"Toi tu vis les choses comme une expérience"
"Mon ex faisait un pâté en croûte en dix minutes"
"Par amour, mon ex s'est fait remonter les seins, c'était spectaculaire"
"Je crois qu'en fait t'es une aspirante maso avec une grosse libido" (et des gros seins tombants, sûrement, oui)
"Mademoiselle, vous êtes une branleuse" (lis ce qui précède, je suis héroique de ne pas être devenue ursuline)
"Mademoiselle, se protéger autant, c'est idiot"
"S'il te plait, ne prends pas les choses comme ça" (s'il te plait ne m'aies pas dit des choses qui me brisent)
Messieurs, est-il bien nécessaire de m'assassiner quand vous ne souhaitez pas me dominer? Un "je prefère en rester là", c'est à dire, soyons francs, au ras des pâquerettes, ne serait-il pas plus digne?
00:25 Publié dans Six ou sept péchés | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note | Tags : bdsm, érotisme, sexualité, brulûre d'estomac, gifle, six ou sept péchés
07.09.2007
2/7 L'orgueil.
On tente depuis longtemps de nous faire croire que les hommes pensent avec leurs queues. La bible, le romantisme, les néo féministes, le consumérisme, tout le monde y va de sa petite contribution, c'est une ancestrale conspiration de l'excision globalisée. Heureusement Sappho, Darwin, Thomas Hardy et Stanley Kubrick sont là pour rétablir la vérité. La faute que porte Tess d'Ubervilles, outre son enfant, c'est celle d'avoir un clitoris et c'est pour s'en laver qu'elle se condamne à devenir meurtrière. Il lui faut tuer pour poser l'existence de son désir. Dans eyes wide shut, une femme mariée avoue à son époux ce qu'une femme mariée ne devrait jamais avouer: elle est sexuelle, plus que lui, malgré ce qu'il peut croire de la féminité, à cause de sa féminité réelle. Les hommes sont menés par leur sexe? les femmes, elles, sont menées par une énergie sexuelle bien plus puissante, bien plus profonde, d'ailleurs le clitoris est le seul organe au monde à être exclusivement reservé au désir et au plaisir et à ma connaissance, les hommes en sont tristement dépourvus.
Déjà le vagin, ce phallus "à l'envers" tapi dans l'ombre du corps féminin, est angoissant pour les hommes. Poliment, ils le disent mystérieux. Une caverne, un cratère, un volcan, destiné à brûler quoi, si ce n'est un pénis? De L'utérus, encore plus effrayant sans doute, Hippocrate, qui devait tout de même avoir un sacré problème d'identité sexuelle pour faire preter serment à ses camarades de jeu, fit l'hystérie. Selon lui, les mouvements de l'uterus titillaient jusqu'aux neurones féminins.Précurseur de Morissey, le flagelleur aux tilleuls, il avait bien vu que "most people keep their brain between their legs", mais il en fit une maladie exclusivement féminine, de surcroit. Il a quand même fallu 25 siècles pour que la psychanalyse, science majoritairement masculine, outre la présence planante de Lou Andreas-Salomé( amatrice, sur le tard, de petits jeunes plus curieux que terrorisés par le désir féminin) , reconnaisse que oui, même sans uterus et avec une bite, on pouvait être sexuellement opprimé ou épileptique.
Il pourrait être rassurant de penser qu'elle est occidentale cette peur du désir sexuel féminin, j'aurais alors le recours d'aller m'établir en Afrique ou en Asie mais à ma connaissance, ce n'est pas forcément dans ces régions du monde que l'on excise le moins. Là bas aussi il y a une pomme, la femme est un serpent une tentatrice qu'on mutile pour la neutraliser et les hommes des petits garçons cruels qui tiennent à se rassurer sur la puissance de leur queue. Il s'en prennent à la partie émergée du "volcan", ce truc qu'ils n'ont pas et dont je finis par me dire qu'ils nous l'envient, le clitoris.
Faut-il vraiment se résoudre à penser que pour vivre en bonne intelligence avec nous les hommes doivent ignorer la force du désir féminin? Et que devient une amante dont on veut ignorer le désir? un copain? une maman? une soeur? un objet sexuel? Tout ceci est vraiment triste et inacceptable. Les pratiques ou demandes courantes du BDSM se font malheureusement l'écho magnifié de ces oeillères "excisives"que j'allais qualifier de "castratrices" (existe-t-il un mot pour la "castration" féminine? existe-t'il un adjectif dérivé d'excision?). Tel dominateur refusera, surtout s'il est vigoureux, la présence d'un second phallus dans une séance, même si sa partenaire en a envie, alors que la présence d'une deuxième femme est presque systématiquement souhaitée, au prétexte que les femmes sont naturellement bisexuelles, la pluralité oui, mais vulve gourmande et clitoris, tenez vous tranquilles, et contentez vous d'offrir aux hommes un spectacle.
J'avoue ma foi et j'avoue mon orgueil, j'espère être une femme sans nier mon désir et j'aime bien que mon sexe soit complet. Je ne trompe pas mon monde car je suis trop paresseuse, je ne m'invente pas d'envies pour m'offrir en spectacle et j'exprime mon désir en lui laissant le temps, aussi en lui laissant ses perversités. Souvent donc par orgueil, je vis en mauvaise intelligence avec les hommes, parce qu'ils me sont sympathiques et que je prefère echanger avec eux en toute honnêteté plutôt que de les manipuler.
15:05 Publié dans Six ou sept péchés | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : BDSM, excision, érotisme, orgueil, domination soumission, six ou sept péchés
31.08.2007
Six à Confesse 1/7
I° L'avarice
Je confesse à Did, l'e-lover tout puissant....
Avare de mon temps, je confesse avoir ajourné le défi que Did m'avait lancé. Six ou sept pechés capitaux.
J'ai été avare, je le confesse humblement. En le confessant, je pèche par orgueil, mais ceci est une autre histoire. je n'ai pas voulu me séparer d'une richesse, à savoir donner à mon carnet la fin d'une histoire, je n'ai donc pas voulu me séparer d'une pauvreté, car la fin de Six était pauvre, croyez moi, trop pauvre pour que je puisse m'en séparer. par avarice, Six est restée pudique,au point de vouloir le fermer ce blog, mais c'est sur les débris qu'on fait pousser les fleurs de ville, parait-il.
Greed, garder pour soi, la pudeur et l'avarice mélangées.
Il me semble que cela fait une éternité que je n'ai pas écrit sur ce blog. Il ne me semble pas pourtant n'avoir plus rien à dire.
Lorsque je pense à l'avarice, je pense à une fellation, aimer sucer ça n'est pas l'envie, c'est l'avarice. Ce foutre, je le veux, il est à moi. L'avarice est un défi au latex, mon avarice (greed ou appât du gain) suppose qu'un homme aime le plaisir. Qu'il soit capable de donner le sien. J'ai l'avarice raciste: elle refuse les bande mou, elle conchie les impuissants.
Avare par avance, il m'arrive de prendre un plaisir sans qu'il me soit encore donné, communément on appelle cela se branler. Je ne parle pas de la caresse offerte en spectacle , mais de celle volée aux regards, cynique et sans appel, mon stilnox naturel, c'est egoiste de jouir seule, surtout en se nourissant des gens. le fantasme est egoiste, l'érotisme est avare.
22:15 Publié dans Six ou sept péchés | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note




