30.07.2009

L'agent immobilier

Il n'a pas compris quand elle l'a quitté.

Elle lui avait bien spécifié cependant que c'était pour un autre que lui, et que "dans la vie, il faut suivre son désir".

J'ai rencontré l'agent immobilier au moment où Sarah était encore dans sa vie, presque une ombre, déjà, peut-être, mais présente de temps en temps.

Elle ne souriait déjà plus, en réalité et il était trop silencieux quand elle arrivait.

Il est beau, c'est vrai, et il a l'élégance arrogante de ces hommes tournés vers le profit et le charme, mais sous l'assurance on sent un peu (trop) vite la fragilité. Trop de fragilité pour les affaires peut-être, suffisamment pour l'amitié.  Il cherche les regards. C'est comme cela que nous avons commencé à nous (re)connaître lui et moi, dans ce troquet qui nous sert de cantine. Je l'y avais vu avec Sarah qui le rejoignait parfois pour déjeuner quand elle passait dans le quartier pour un rendez-vous.

Et puis Sarah n'est plus venue.

Charles a eu l'air un peu plus fragile. Il trainait un peu après le déjeûner, qu'il prenait maintenant avec d'autres marchands de biens. Tout le monde riait fort, et buvait trop.

Il était doucereux mais à vif le jour où il m'a abordée.

D'abord au téléphone avec une jeune femme qu'il ne connaissait pas il a prononcé ces mots en me fixant du regard "J'aimerais beaucoup vous connaître plus personellement". j'ai éclaté de rire, son sourire s'est brisé, il a raccroché puis m'a tourné le dos.

Comme je quittais le restaurant, faisant tomber la veste posée sur son dossier, il s'est retourné pour me dire "vous l'avez fait exprès!"

Ce qui était faux. Cependant, je n'ai pas nié.

Que faire contre un tel ressentiment?

Que faire pour un homme qui hait les femmes?

Nous avons passé ensemble une semaine de vacances dont je reviens épuisée.

Il y a eu des moments agréables, mais comment savoir si mes paroles, forcément brutales ont eu quelque effet?

Sait-il ou feint-il de ne pas savoir que ni mon cul ni celui d'une autre n'effaceront son histoire avec Sarah?     

19.07.2009

Juger/comprendre

Je reviens sur cette dichotomie qui n'en est pas tout à fait une, finalement.

Juger, ou porter une opinion ne représente pour moi que l'étape primaire d'un cheminement.

Je suis une femme sans grandes certitudes que quelques unes qui portent sur ce que je veux faire de mon temps.

Donc juger pour moi, ce n'est qu'entrevoir. C'est plutôt dire "que ce soit de manière jubilatoire ou vomitive, tel, ou tel autre sujet, phénomène ou événement, me fascine, me convoque. Il faut, et c'est un impératif, mener plus avant l'investigation et la rencontre avec cette réalité.

Par exemple, j'ai revu l'ascète (oui je sais merveilleuse lectrice bienveillante et presque maternante, je n'aurais pas dû, la fréquentation des hommes mal lunés est une mauvaise chose) et il me disait tout à l'heure "pour tes études sociologiques tu devrais commanditer une enquête sur mon lieu de travail"

Preuve encore qu'il n'a rien compris.

La douleur subie ne m'intéresse pas, en ce moment.

Et en matière d'étude, je suis plutôt portée vers les hommes bien lunés (c'est à dire vers ceux qui ont un joli cul). Je suis parfaitement d'accord pour mener une étude sur un cheptel selectionné.

John, je crois que tu sais aussi bien que moi que l'époque du jugement est une chose révolue. Je pense que tu es plus fin que ceux qui se glorifient d'une subversion à la petite semaine à l'idée d'être (ouh la la!) adultérins.

Je ne juge pas les gens dont je parle dans ma galerie. Ils sont mes proches, mes semblables. je les crois tous de bonne volonté.

Certains ont bien entendu, des projets humains plus ambitieux que d'autres, et je ne montre pas forcément le versant le plus avenant de chacun, mais ils m'apparaissent tous comme des précurseurs, ou du moins comme des individus qui, tous, cherchent une alternative au lent et inexorable pourissement du romantisme.

Je serais incapable d'écrire une ligne sur une personne qui n'ait pas emporté, sinon ma sympathie, du moins mon étonnement curieux et bienveillant.

J'admire, pour une raison ou pour une autre, forcément imperceptible dans ces lignes, tous les individus sur lesquels je me penche. Il y a forcément de l'amitié ou un peu de connivence, voire même un hommage, dans le fait de tapoter un clavier pour parler d'un autre. Seulement je ne parle ici que de leurs choix conjuguaux, narcissiques ou sexuels. Et ce ne sont pas forcément leurs plus évidentes réussites. (sinon pourquoi en parlerions-nous?). C'est peut-être la raison, ou le prix à payer pour leurs talents, qui sait?

Il m'a semblé surprenant que vous écriviez "cette femme, on ne doit pas la juger" Il me semble évident, il me semblait évident en l'écrivant que si on devait la juger, c'était pour la glorifier. je pensais l'avoir écrit. l'avoir fait passer. Vous vous êtes peut-être un peu identifié au jugement dont elle pourrait faire l'objet? Je ne sais pas. Ce qui m'intéresse avant tout, c'est de savoir quel est le chemin que chacun prend pour trouver son existence, sinon sa joie.       

17.07.2009

Une très belle femme lucide de 35 ans

Que les femmes aient tous les pouvoirs aujourd'hui est une réalité qu'il est absolument inutile de mettre en question.

C'est juste un fait banal, un fruit de l'évolution et de quelques révolutions qui n'empêche pas les femmes d'en souffrir, en général.

Ce que les femmes font de leur pouvoir est une autre histoire et c'est celle-ci qui nous intéresse, magnifique lectrice absente qui doit impérativement se faire une légère retouche aisselles/ maillot pour la plage, demain.

La femme dont je te parle, c'est toi, mais en mieux.

Car, je te l'annonce, elle, elle a vraiment compris ce qui se passait, du moins j'en ai l'impression.

Elle a de plus, su rester bienveillante, et donc vivante, envers tous et toutes, ce qui, tu en conviendras, n'est pas une affaire aisée de nos jours.

Voici ce qui s'est passé dans la vie de cette magnifique personne.

A vingt ans, elle avait le monde à ses pieds, mais comme elle avait vingt ans, elle les ignorait tous. Ca la flattait sans doute un peu d'exercer son pouvoir de séduction mais elle méprisait les vieux qui la draguaient et puis, bien entendu, elle était amoureuse. D'un type formidable et vélléitaire auquel elle consacrait son temps et sa vie, tout en menant de front ses études et des boulots pour les financer. Pendant ce temps, lui, il réfléchissait.

Ca a duré dix années.

Un jour elle en a eu assez, qu'il ne "puisse" pas être père.

Elle l'a quitté.

Sa phrase, terrible, un jour, que je comprends seulement maintenant "le prochain qui passe, je fais un gosse avec lui"

Celui qui est passé est celui avec lequel elle vit aujourd'hui.

Peut-être pas pour toujours.

Mais elle accepte avec bienveillance sa présence, son droit à la paternité, sa jeunesse, ses défauts.

Je pense qu'il n'est pas absolument impossible qu'un jour elle redonne sa chance au vélléitaire.

Si elle l'aime encore.

Elle aura donc fait ce qu'il fallait pour elle, puisqu'être mère était son besoin primordial.

Elle respecte tout le monde et elle au premier chef.

Mon admiration pour cette femme est totale.

Parce qu'elle a su être réaliste par rapport à ses besoins et à ceux des hommes.

Prenons en de la graine, mesdemoiselles! 

Mais sachons aussi le courage absolu que cette démarche requiert. 

Et que c'est peut-être ça sublimer le romantisme dans le temps. 

 

06.07.2009

L'ascète

Hommage à l'ascète.

J'inaugure avec ce billet qui le concerne une série d'on ne sait qui, ou bien une photographie forcément tronquée des individus qui me font l'honneur de visiter mon quotidien. Il ne s'agit pas pour moi de jouer à l'entomologiste, mais bien plutôt de me souvenir un jour de ce qui a déterminé mes choix d'aujourd'hui. Car, je ne sais pas s'il en va de même pour toi, merveilleuse lectrice désireuse de sable chaud, mais autour de moi, de 4 à 89 ans, on ne parle que de légionnaire, de baise, d'amour dans les jours fastes, mais de baise, surtout.   

L'ascète donc.

De lui même, l'ascète ne te parle ni d'amour ni de baise, il est vrai. Mais une fois les banalités d'usage jetées aux orties, avec lui, je découvre tout un monde.

L'ascète ne parle de baise. En cela, il se démarque de la masse. C'est d'ailleurs l'une des priorités de l'ascète, par définition, de se démarquer de tous les autres. par coquetterie ou par conviction, voire même par obligation, qu'importe.
Il n'a pas toujours été ainsi, de nombreux et fabuleux orgasmes inscrits dans mon cerveau reptilien pourraient en témoigner, il ne leur manque que la parole.

L'ascète ressemble au Christ, aujourd'hui.

Il considère, à tort, que sa vie professionnelle est indigne de ce nom, il a toujours été trop beau pour imaginer qu'à 35 ans un cabriolet pourrait l'aider à séduire, d'ailleurs il trouve ces pratiques vulgaires "je mépriserais la femme qui accepterait cela, je me mépriserait donc de tenter de la posséder".

L'ascète est parvenu à m'attendrir ou presque avec son désenchantement.

Il est malheureux. Léger et adolescent dans sa démarche et son allure. Très au fait de la valeur de telle ou telle pièce de design seventies, l'ascète parle aussi des sociiétés secrètes avec la facilité que moi, j'aurais, à disserter sur les mérites d'une paire de louboutin.

Il a 15 exemplaires du même modêle de chemise dans des tons différents.

Une collection d'estampes japonaises que j'ai visitée bien des fois.

Il em semble que dans son appartement chaque objet a une place, mais il a vraiment, beaucoup trop d'objets. Si par malheur tu lui poses une question sur l'une de ces curiosités, tu en prends pour une heure d'explication.

Il a aussi des chaussures fauves à bouts fleuris qui ne sont pas des Berlutti (c'est trop vulgaire).

Il a aussi le teint gris. Et une maigreur dissuasive.

L'expression "chevillé au corps" a été inventée pour lui, je crois. Et la cheville se resserre. Il n'a plus que la peau sur les os.

Nous nous étions donné rendez-vous dans un parc.

J'arrive, il me dit qu'il veut pique-niquer. Ce n'était pas prévu, mais il avait prévu une chose: un sandwich, pour lui.

Dans la rue, l'ascète se déplace toujours légérement devant moi. Cette parodie de domination, puisque la distance est toujours d'un mêtre au plus me fait sourire.

Pour dissuader une femme qui le convoite et qui n'est pas à son goût, l'ascète requiert à une technique très simple: il se rend vulgaire, multiplie les plaisanteries lestes et irait même jusqu'au rôt plutôt que d'être franc. 

L'ascète se pique aussi de perversité, mais d'une perversité qui ne soit pas reconnue. Il m'en parle, je refuse de participer, mais quand il me voit il a les accessoires dans un sac.

Il ne vit rien.

Il manque de tout.

Et pourtant, c'était un homme beau drôle et intelligent.

Il est insupportable mais il est cohérent.

Beware.