« 2007-08 | Page d'accueil | 2007-10 »

25.09.2007

Messieurs, Mademoiselle. 3/7: la colère

 "Mademoiselle, vous n'êtes pas féminine" (hé bien, Monsieur, qu'est-ce donc que la féminité?)

"Mademoiselle, vous avez du mal à exprimer vos sentiments"

"Mademoiselle, vous vous êtes forgé une carapace, ce qui est le signe d'un vécu douloureux, tout particulièrement avec les hommes, vous méritez mieux que cela, j'en suis persuadé" (blah, blah, blah)

"Mademoiselle, vous devriez vous mettre en condition"

"Mademoiselle, vous ne vous aimez pas assez"

"Mademoiselle, vous vous aimez trop, je crois"

"Mademoiselle, vous cherchez sans doute à être punie" (Monsieur, comment penser que vous n'êtes pas à court d'argument? si on ne peut plus discuter....)

"Mademoiselle, vous devriez essayer la cravache!" (et vous le bromure)

"Toi, tu n'es pas une bonne soumise" (authentique)

"Toi tu vis les choses comme une expérience"

"Mon ex faisait un pâté en croûte en dix minutes"

"Par amour, mon ex s'est fait remonter les seins, c'était spectaculaire"

"Je crois qu'en fait t'es une aspirante maso avec une grosse libido" (et des gros seins tombants, sûrement, oui)

"Mademoiselle, vous êtes une branleuse" (lis ce qui précède, je suis héroique de  ne pas être devenue ursuline)

"Mademoiselle, se protéger autant, c'est idiot"

"S'il te plait, ne prends pas les choses comme ça" (s'il te plait ne m'aies pas dit des choses qui me brisent)

Messieurs, est-il bien nécessaire de m'assassiner quand vous ne souhaitez pas me dominer? Un "je prefère en rester là", c'est à dire, soyons francs, au ras des pâquerettes, ne serait-il pas plus digne?

20.09.2007

Marie Agnès.


podcast
 

Je l'avais d'abord remarquée, silhouette nouvelle et gracile aux gestes un peu abrupts et un peu trop rapides, dos raide, mains alertes, cou mobile, front serré et assombri, sourire fréquent jusqu'à la supplique pleine de réserve, talons plats, pas pressés de celle qui doit rapidement effectuer des tâches nouvelles et prendre la température de ses nouveaux compagnons de jeux. Sérieuse et sans doute fiable, l'esprit tendu vers d'honorables projets de travail, elle m'avait plu, instantanément car à son air décidé et à son ordinateur portable s'accouplait un évident charisme. Cette jeune femme voulait faire bonne impression mais elle ne semblait pas prête à se fondre dans la masse besogneuse. l'éfficacité peut s'accompagner de cheveux mauves, le piercing n'est qu'une expression épidermique du souci de précision le décolleté audacieux signifie que l'on sait prendre des risques, l'oeil charboneux prouve la minutie, porter de la fourrure blanche au bureau, c'est savoir décider. Elle allait le prouver à tous ces vieux rabats joies costumés de gris. Le lendemain, une panne de métro nous rapprocha.

Le surlendemain, un sms de Marie Agnes me demandait si nous pouvions nous retrouver à la station, le jour d'après si j'étais libre à dîner, avant hier Marie Agnes me confiait le bonheur sentimental d'une de ses amies avec un garçon très beau, inviteur en vacances et envoyeur de fleurs mais Strasbourgeois et rencontré sur meetic, elle exprima par aileurs ses doutes sur la beauté de cette idylle:

"Enfin, tu comprends, c'est pas l'idéal....."

Curieuse de l'entendre poursuivre, et la voyant un peu hésitante, j'hasardais une banalité de relance: " Les relations à distance, bien sûr, c'est particulier, mais on peut lire un livre en quelques heures de T.G.V"

"ah moi je veux pas de relation à distance, ni particulière, je veux une relation tout ce qu'il y a de plus normal, comme tout le monde, ce serait déjà pas mal et puis sur meetic, on sait bien ce que cherchent les hommes, c'est sans aucune magie.....je suis très romantique tu sais.....sur meetic, où sont les sourires? les parfums?"

Dans la rame qui nous menait chacune chez nous, Marie Agnes nous trouva des goûts communs pour les destinations de vacances, et elle m'appelle ce week end sans faute 

Que penser de Marie Agnes?

07.09.2007

2/7 L'orgueil.

On tente depuis longtemps de nous faire croire que les hommes pensent avec leurs queues. La bible, le romantisme, les néo féministes, le consumérisme, tout le monde y va de sa petite contribution, c'est une ancestrale conspiration de l'excision globalisée. Heureusement Sappho, Darwin, Thomas Hardy et Stanley Kubrick sont là pour rétablir la vérité. La faute que porte Tess d'Ubervilles, outre son enfant, c'est celle d'avoir un clitoris et c'est pour s'en laver qu'elle se condamne à devenir meurtrière. Il lui faut tuer pour poser l'existence de son désir. Dans eyes wide shut, une femme mariée avoue à son époux ce qu'une femme mariée ne devrait jamais avouer: elle est sexuelle, plus que lui, malgré ce qu'il peut croire de la féminité, à cause de sa féminité réelle. Les hommes sont menés par leur sexe? les femmes, elles, sont menées par une énergie sexuelle bien plus puissante, bien plus profonde, d'ailleurs le clitoris est le seul organe au monde à être exclusivement reservé au désir et au plaisir et à ma connaissance, les hommes en sont tristement dépourvus. 

Déjà le vagin, ce phallus "à l'envers" tapi dans l'ombre du corps féminin, est angoissant pour les hommes. Poliment, ils le disent mystérieux. Une caverne, un cratère, un volcan, destiné à brûler quoi, si ce n'est un pénis? De L'utérus, encore plus effrayant sans doute, Hippocrate, qui devait tout de même avoir un sacré problème d'identité sexuelle pour faire preter serment à ses camarades de jeu, fit l'hystérie. Selon lui, les mouvements de l'uterus titillaient jusqu'aux neurones féminins.Précurseur de Morissey, le flagelleur aux tilleuls, il avait bien vu que "most people keep their brain between their legs", mais il en fit une maladie exclusivement féminine, de surcroit. Il a quand même fallu 25 siècles pour que la psychanalyse, science majoritairement masculine, outre la présence planante de Lou Andreas-Salomé( amatrice, sur le tard, de petits jeunes plus curieux que terrorisés par le désir féminin) , reconnaisse que oui, même sans uterus et avec une bite, on pouvait être sexuellement opprimé ou épileptique. 

Il pourrait être rassurant de penser qu'elle est occidentale cette peur du désir sexuel féminin, j'aurais alors le recours d'aller m'établir en Afrique ou en Asie mais à ma connaissance, ce n'est pas forcément dans ces régions du monde que l'on excise le moins. Là bas aussi il y a une pomme, la femme est un serpent une tentatrice qu'on mutile pour la neutraliser et les hommes des petits garçons cruels qui tiennent à se rassurer sur la puissance de leur queue. Il s'en prennent à la partie émergée du "volcan", ce truc qu'ils n'ont pas et dont je finis par me dire qu'ils nous l'envient, le clitoris.

Faut-il vraiment se résoudre à penser que pour vivre en bonne intelligence avec nous les hommes doivent ignorer la force du désir féminin? Et que devient une amante dont on veut ignorer le désir? un copain? une maman? une soeur? un objet sexuel? Tout ceci est vraiment triste et inacceptable. Les pratiques ou demandes courantes du BDSM se font malheureusement l'écho magnifié de ces oeillères "excisives"que j'allais qualifier de "castratrices" (existe-t-il un mot pour la "castration" féminine? existe-t'il un adjectif dérivé d'excision?). Tel dominateur refusera, surtout s'il est vigoureux, la présence d'un second phallus dans une séance, même si sa partenaire en a envie, alors que la présence d'une deuxième femme est presque systématiquement souhaitée, au prétexte que les femmes sont naturellement bisexuelles, la pluralité oui, mais vulve gourmande et clitoris, tenez vous tranquilles, et contentez vous d'offrir aux hommes un spectacle.

J'avoue ma foi et j'avoue mon orgueil, j'espère être une femme sans nier mon désir et j'aime bien que mon sexe soit complet. Je ne trompe pas mon monde car je suis trop paresseuse, je ne m'invente pas d'envies pour m'offrir en spectacle et j'exprime mon désir en lui laissant le temps, aussi en lui laissant ses perversités. Souvent donc par orgueil, je vis en mauvaise intelligence avec les hommes, parce qu'ils me sont sympathiques et que je prefère echanger avec eux en toute honnêteté plutôt que de les manipuler.    

Toutes les notes